Dans la banlieue de Paris, un réseau pour élèves précoces en difficulte (AFP)

Dans la banlieue de Paris, un réseau pour élèves précoces en difficulte (AFP)

Dans la banlieue est de Paris, le collège Charcot, à la tête d'un réseau de sept collèges, accueille des élèves précoces en grande difficulté.

Aucun collège public en France n'a autant d'élèves précoces que celui de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne): 65 élèves, soit un cinquième de ses effectifs, répartis dans toutes les classes. Pourtant, tous sont en échec scolaire lorsqu'ils arrivent: "Ils sont en souffrance, avec des troubles de l'apprentissage ou de gros problèmes de discipline", explique la principale, Pascale Maucande. "L'école primaire les a cassés. Il faudrait les prendre en charge le plus tôt possible. Au collège c'est déjà tardif", relève-t-elle.

 

Le collège Charcot, établissement pilote, expérimente des méthodes pour accueillir les surdoués (2,5% d'une classe d'âge) parmi les enfants ordinaires. Dans une école ordinaire, ces élèves surdoués "s'ennuient, rêvent, puis finalement ils développent une phobie scolaire, ils ne veulent plus entendre parler de l'école. Ils nient leurs propres talents, se considèrent comme anormaux", explique Alain Salzemann, principal adjoint. "Ce matin, un élève est arrivé en mâchonnant une tétine de bébé et s'est installé en classe en me tournant le dos. Puis il a argumenté très logiquement que la +totote+ (tétine) n'est pas interdite par le règlement intérieur", raconte une enseignante. "Parfois les parents se disputent, les mères doivent arrêter de travailler pour s'occuper d'eux, comme si elles avaient un enfant handicapé", explique la principale. 60% des élèves sont boursiers.

"On s'adapte à eux. Notre objectif est de les apprivoiser, leur donner le goût d'apprendre, les amener à reconnaître leurs talents. Et surtout leur redonner un équilibre affectif. Le jour où ils parlent de l'école à la maison, où ils sont invités à un anniversaire, nous avons gagné", ajoute-t-elle.

En même temps, le collège organise pour eux des ateliers et des cours qui les stimulent: "métacognition", astronomie, "écoute de l'image", philosophie, calligraphie, échecs, jeux de rôles. Des professeurs des universités Paris XII et René-Descartes viennent leur donner des cours d'astrophysique, faisant travailler ces élèves de 5e sur des concepts abordés en 1ère année de fac.

Ils rivalisent avec les profs, les provoquent, ils rendent des feuilles blanches quand le sujet ne les intéresse pas. A la différence des autres collèges, l'équipe d'enseignants est choisie par le principal : des jeunes qui souvent comprennent ces élèves, parce qu'eux- mêmes étaient précoces.

"Travailler avec les précoces, comme avec les élèves handicapés, oblige les enseignants à s'intéresser aux particularités de chacun. Cette expérience est utile pour l'ensemble de l'Education nationale pour voir comment concilier deux impératifs: l'égalité de tous et la personnalisation du parcours de chaque élève", explique Jean-Michel Blanquer, ancien recteur de l'académie de Créteil, aujourd'hui promu à la tête de la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), un poste clé du ministère de l'Education.

Depuis la rentrée 2009, sept collèges de l'académie ont ouvert un dispositif d'accueil en s'inspirant des méthodes du collège Charcot. Par ailleurs, deux mamans d'enfants précoces ont ouvert en novembre à Nogent-Sur-Marne (Val-de-Marne) une école primaire privée pour les enfants précoces, "Arborescences".