Le fonctionnement cognitif des enfants précoces

COMPTE RENDU DE LA CONFERENCE DU 13 OCTOBRE 2009
« Le fonctionnement cognitif des enfants précoces et les signes de précocité en milieu scolaire »

 

Généralités :
On nait avec un haut potentiel, et on le reste toute sa vie.
Il existe une hypothèse génétique donc généralement, lorsqu’il y a un enfant précoce dans une famille, les chances que ses parents, frères et soeurs le soient aussi sont élevées. La précocité peut se constater dès la naissance pour certains bébés, au regard particulièrement intense et aux sens très éveillés (odorat, vue, toucher).


Qu’est-ce qu’un EIP (Enfant Intellectuellement Précoce)
On parle de précocité lorsqu’un enfant a entre 2 et 7 ans d’avance sur son âge mental. Le QI n’a qu’une valeur indicative, qu’il faut savoir nuancer puisqu’il peut-être sous évalué en cas de dépression, de manque de confiance en soi, d’anxiété, etc… Tous les EIP ne se ressemblent pas, il n’y a pas de profil type.

 

Les tests
Description de ce qu’évaluent les différents tests et de leurs limites : WPPSI III, WISC IV et WAIS III. Les résultats à ces tests sont comparés au groupe d’âge afin de déterminer l’avance intellectuelle.

Pourquoi faire un test ?
Pour valider une hypothèse, constater les points forts et faibles de l’enfant, donc mieux le comprendre. Pour savoir s’il a un profil homogène ou pas, et donc éventuellement s’il faut des accompagnements particuliers pour l’aider.
 

Le fonctionnement cognitif particulier des EIP
Un tiers des EIP est brillant, il s’agit de ceux qui savent s’adapter au cadre. 2 tiers rencontrent des difficultés scolaires qu’ils ne réussiront pas toujours à dépasser.
Les 2 hémisphères du cerveau ont des propriétés différentes : le droit permet un traitement global des informations, il commande les émotions et l’intuition, tandis que le gauche a un traitement séquentiel et privilégie le raisonnement.

Généralement, les enfants dans la moyenne utilisent plus leur hémisphère gauche, le plus séquentiel et aussi le plus adapté à l’école…

Les EIP utilisent plus leur hémisphère droit, ils fonctionnent à l’intuition (notamment en mathématiques) donc ont beaucoup de mal a démontrer leur raisonnement jusqu’au résultat. Cela leur pose des problèmes majeurs à partir de la 4ème, jusqu’à parfois être soupçonné de triche (ce qu’ils vivent particulièrement mal car ils sont très sensibles à l’injustice).

Ils ont un traitement visuo-spatial et numérique de l’information, ce qui les avantage pour le calcul mental ou la géométrie dans l’espace (facilité à faire des rotations mentales) mais leur rend difficile l’apprentissage par coeur des tables de multiplication par exemple.

Ils ont beaucoup d’empathie (capacité a ressentir les émotions de l’autre), cela s’explique par un plus grand nombre de neurones miroirs chez eux.

Leur activité cérébrale est très importante, au détriment de la réalité, du concret. Ils intellectualisent tout, ce qui rend souvent leur crise d’adolescence plus problématique.

 

Un test IRM chez un EIP montrera un cerveau qui s’illumine en entier sur le traitement d’une information (contre seulement quelques endroits pour la moyenne). Cela prouve un plus grand nombre de connexions neuronales.
Ils bénéficient d’une grande plasticité cérébrale : leur cerveau bouge, les connexions évoluent, d’où l’importance d’accéder à leur envie de stimulation dès le plus jeune âge (plus on les stimule plus il y a de connexions).

Le réseau des neurones est plus complexe, il existe très peu de déperdition entre eux : le traitement des informations est plus rapide, mais toujours sur un mode intuitif.


Le sommeil
Il existe trois types de sommeil : léger, paradoxal (celui des rêves, des cauchemars et des angoisses nocturnes, mais aussi celui où le cerveau stocke inconsciemment et intègre les informations sur le long terme) et profond (celui où le corps récupère et mémorise consciemment).


Les neurologues ont constaté que chez les EIP les phases de sommeil étaient différentes : il n’y a pas de phase légère et leur sommeil profond est moins long que la moyenne. L’essentiel de leur sommeil est donc paradoxal, ce qui entraine un meilleur stockage de l’information, avec une récupération intuitive, mais aussi une fatigabilité plus mportante.


La mémoire
Il est possible de tester la mémoire, mais chez les EIP cela s’avère souvent inutile. Toutes leurs mémoires (à court, moyen et long termes) sont plus efficaces.
Ils ont une grande capacité de mémorisation, encore plus importante lorsqu’il s’agit d’un domaine d’intérêt. Ils ont tendance à mémoriser par association d’idées. Leur mémoire de travail est importante (bon encodage de l’information à court terme) Le stockage à long terme est efficace et la récupération des informations plus facile (stockage plus rapide et plus intuitif)

Ils ont la capacité d’inhiber les informations non pertinentes (bonne sélection, « oeil de lynx »)
 

Le langage
Ils acquièrent rapidement le langage, pas nécessairement de façon précoce, et l’utilisent tout de suite de façon structurée, sans phase « bébé ».
Leur vocabulaire est riche et précis, avec un goût pour les termes scientifiques, ce qui crée souvent des décalages et des difficultés avec les enfants du même âge.
L’oral leur permet de formuler des questionnements incessants et philosophiques (mort, vie, univers, passé, présent, espace, etc… )

 

Le passage a l’écrit est souvent vécu comme une contrainte, allant parfois jusqu’à une douleur physique, et pouvant parfois aboutir à un refus total de l’écrit. Des remédiations existent.


Les comportements fréquemment rencontrés
Compréhension et raisonnement rapides, apprentissage précoce de la lecture (qui ne vient pas d’une pression des parents mais d’une vraie envie).
Hyperesthésie (sens très développés, plus que la moyenne) les rendant souvent tactiles (massages, affectueux) mais pouvant aussi les gêner (ne supporte pas certaines odeurs même en classe, entend la conversation 3 tables plus loin, se focalise dessus donc pas sur le reste).

Hypersensibilité à leur environnement et aux émotions des autres (souvent idéalistes), gestion des émotions difficile chez une grande majorité d’entre eux (colères brusques, pleurs faciles qui s’arrêtent d’un coup, …), empathie pouvant parfois devenir un frein (pour certains métiers), intuition (repèrent les non-dits par exemple).

Grande imagination, curiosité d’esprit et sens de l’humour, pas toujours facile à gérer pour les parents et les enseignants (leur enseigner alors l’auto dérision pour prendre de la distance par rapport à eux-mêmes).

Goût de la négociation, surtout avec leurs parents, besoin d’équité, menant souvent à un sentiment d’injustice, difficultés relationnelles avec les enfants du même âge, ils ne se reconnaissent pas dans les jeux de cour de récré et fondent beaucoup leurs rapports sociaux sur le langage.

Fonctionnement à l’affectif avec les enseignants (donc roulette russe d’une année sur l’autre).
Motivation soumise à leur intérêt, donc soit passionnés soit difficilement mobilisables (ils gardent rarement ou vivent difficilement un métier alimentaire).
Manque de confiance en soi et en ses capacités intellectuelles. Allergies (alimentaire, asthme, eczéma), angoisses (mal de ventre, énurésie),
dépression. Chez les adolescents : troubles alimentaires fréquents (anorexie, boulimie), tocs, beaucoup dans la maitrise, très perfectionnistes (d’où une certaine lenteur parfois). Crises pouvant aller jusqu’à des mensonges, des fugues, une phobie scolaire, l’échec scolaire, etc…

Lorsqu’un EIP n’est pas reconnu dans sa spécificité, il gomme sa personnalité et entre dans un processus d’inhibition intellectuelle, ce qui le rend difficilement repérable et provoque une grande souffrance.

Leur hyperactivité peut être réelle (dans tous les contextes) ou provoquée par l’ennui (à l’école notamment), donc attention au diagnostic.

 

Les difficultés
Ecriture souvent lente et peu lisible (leur cerveau va très vite, pas leur main) d’où l’importance de développer leur dextérité manuelle.

  • Dyslexie, et tous les autres dys.
  • TDA (troubles déficitaires de l’attention).
  • Troubles visuo-spatiaux.
  • Difficultés relationnelles.

Les rééducations possibles : Psychothérapie, Graphothérapie, Orthophonie, Rééducation cognitive, Psychomotricité.


L’apprentissage
Il existe différents modes d’apprentissage : verbal, visuel, auditif, kinesthésique, spatial, temporel, global, séquentiel…
Tous ces styles peuvent être analysés pour permettre à l’élève précoce d’être plus efficace à l’école et d’aborder les apprentissages plus consciemment. Dans tous les cas, il doit apprendre à apprendre, pour dépasser son fonctionnement intuitif naturel. Ses parents et ses enseignants doivent eux prendre conscience de son fonctionnement particulier pour mieux le comprendre et interagir avec lui, notamment pour les devoirs et l’acquisition des méthodes de travail.


L’école idéale pour un EIP
Compréhension du sens et de la finalité des apprentissages

Evaluations positives
Oral privilégié
Petits effectifs
Relaxation permettant de mieux gérer leur grande sensibilité
Approche scientifique (comment marchent les choses)
Familiarisation rapide avec la démonstration des résultats ...


L’orientation des EIP
Un bilan d’orientation est conseillé quel que soit le niveau de réussite de l’élève :
S’il réussit, il lui est difficile de choisir parmi ses nombreux centres d’intérêts, le bilan permet de les hiérarchiser.
S’il est en difficulté : l’orientation peut être risquée car l’élève sera en grand décalage intellectuel avec les autres, le bac technologique peut être une bonne solution (le bac général nécessitant une trop grande production écrite).
En règle générale, les EIP ont un fort sentiment de liberté après le bac, associé à un besoin d’indépendance et de créativité (intellectuelle ou artistique). On privilégiera donc lors de bilans d’orientation des professions libérales, entrepreneuriales ou d’encadrement au détriment de postes ayant beaucoup de cadres ou de hiérarchie.


Questions de public

Comment combler le décalage entre les mathématiques et l’écriture ? Par des voies détournées comme l’informatique. La nouvelle réforme pourrait les aider en ce sens.
Comment se fait-il qu’un élève ayant de grandes difficulté de construction visuo spatiale, de logique et de mémoire puisse avoir 130 de QI ? Car le QI verbal est particulièrement haut et compense, on parle alors de dyspraxie. Un travail autour du tangram et avec des logiciels de volume peut les aider. Le test permet de faire la part des choses et de déterminer ce qui influe sur leur comportement. On rencontre les mêmes problèmes chez la plupart des dys (rêveurs, bonnes capacités de logique en 3D, …) donc le diagnostic de précocité n’est pas toujours évident a poser.

Existe-t-il un lien entre précocité et hyperactivité ? Quelle est la différence ? Dans un cas c’est biologique, dans l’autre plutôt génétique a priori. Quoiqu’il en soit, dans lres 2 cas c’est au niveau du cerveau. Les signes sont parfois les mêmes mais pas à la même fréquence. Dans un cas, l’agitation est permanente, pas dans l’autre. Un précoce donnera des signes d’hyperactivité à l’école mais pas à la maison car cette attitude est provoquée par l’ennui. L’hyperactif est dans l’insécurité : par rapport a l’environnement, au changement,… Il traite lui aussi rapidement l’information, mais rencontre des difficultés pour se contrôler. Les troubles de l’attention ne sont pas nécessairement liés à l’hyperactivité, mais systématiques chez les dyslexiques (sauter des lignes, ne respecter qu’une partie de la consigne). Ils ne viennent pas d’un problème de compréhension mais du cerveau qui n’enregistre pas par moment (il y a des blancs).


Le terme de précocité induit une maturation anticipée dans certains domaines, se modifie-telle avec le temps ? On reste précoce toute sa vie. C’est pourquoi le terme de Haut Potentiel est plus adapté, car leur fonctionnement restera différent quelque soit l’âge. La fiabilité des tests est de 95%, ces tests sont internationaux bien qu’adaptés culturellement. Ils sont étalonnés pour que 2,3% de la population dépasse 130. La précocité peut être influencée par un excès ou un défaut de stimuli qui crée dans tous les cas un déséquilibre notoire. Toutefois, il est important de reconnaître la spécificité d’un EIP pour éviter une inhibition de sa personnalité.


Faut-il insister auprès d’un EIP rencontrant des difficultés avec l’écrit ou le raisonnement ? En tant que pédagogue il faut donner du sens, expliquer les attentes puis contourner le problème, les aider à séquencer et à rédiger car tout le système est basé là-dessus. Les tests doivent impérativement être faits par des psychologues référents.

 

Présentation de l’intervenant :
Virginie Barret, psychologue
Barret Conseil
5, rue du Maréchal Vaillant – Nogent sur Marne
01 41 93 79 64